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Full text of "Extrait d'observations faite sur le cadavre d'une femme connue à Paris et à Londres sous le nom de Vénus Hottentotte. Par m. G. Cuvier"

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EXTRAIT 
D'OBSERVATIONS 

FAITE SUR LE 
CADAVRE D'UNE 
FEMME CONNUE À... 

Georges Cuvier 



m 

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i5g 



EXTRAIT D'OBSERVATIONS 

Faites sur le Cadavre d'une femme connue à 
Paris et à Londres sous le nom de Vénus 

HoTTENTOTTE. 

• * 

PAR M. G. CUV 1ER. 



Il n'est rien de plus célèbre en histoire naturelle que le 
tablier des Hottenioties , et en même temps il n'est rien qui 
ait été l'objet de plus nombreuses contestations. Long-temps 
les uns en ont entièrement nié l'existence; d'aftffrcs ont pré- 
tendu que c'étoit une production de l'art et du caprice j et 
parmi ceux qui l'ont regardé comme une .conformation 
naturelle, il y a eu autant d'opinions que d'auteurs, sur la 
partie des organes de la femme dont il faisoit le dévelop- 
pement. 

Feu Péron , qu'une mort prématurée a sitôt enlevé à la 
Z,oologie dont il paroissoit destiné à reculer les limites plus 
qu'aucun autre voyageur , avoit lu quelque temps avant sa 
mort un mémoire qui n'a pas été imprimé , mais que l'Aca- 
démie peut se Appeler, et dont M. Freycinet a donné un 
extrait dans le second tome de la Relation du voyage aux 
Terres Australes. Le sujet y est présenté sous un jour entiè- 
rement nouveau. Selon l'auteur le tablier n'existe pas dans 

33» 



a6o Vénus Hottentotte. 

les Hottentottes proprement dites. C'est un caractère parti- 
culier à la nation des Boschismans , peuple plus reculé que 
les Hottentots dans l'intérieur des terres; il disparoît même 
par le croisement avec les vrais Hottentots : au contraire les 
femmes Boschismans Tout toutes ot dès l'enfance; seulement 
il s'alonge plus ou moins avec l'âge. Ces mêmes femmes se 
font encore toutes remarquer par des fesses excessivement 
proéminentes. Ce singulier voile, enfin, n'est le développe- 
ment d'aucune des autres parties ; mais c'est un organe spé- 
cial surajouté par la nature, etc. 

Telles sont les propositions que Péron cherche à établir, 
et qu'il paroît avoir puisées principalement dans les récits 
du général Jansens dont nous parlerons bientôt. 

Cette distinction des BoacWamannes et des vraies Hotten- 
tottes explioueroit fort bien les contradictions des voya- 
geurs, don«ls uns auroient attribué mal à propos aux Hot- 
tentottes une conformation observée seulement sur quelques 
étrangères qui se trouvoient par accident au Cap, tandis que 
les autres ne voyant rien de semblable dans les femmes du 
pays , regardaient comme absolument fabuleuse une chose 
qui n'est réelle que dans des circonstances déterminées. 

Il faut avouer cependant que l'existence d'une nation par- 
ticulière des Boschismans, est un fait qui n'a pas toujours été 
admis dans l'opinion commune. 

La plupart des voyageurs n'en parlent que comme de 
quelques troupes de fugitifs, célèbres par te haine que leur 
portent les Hottentots domiciliés, et les colons hollandais du 
Cap. 

Les récits de Le Vaillant, sur une peuplade qu'il nomme 



Vénus Hottentottf.. a6i 
Houzouanas , et qui aurait les caractères physiques attribués 
aux Boschismans, ont même été révoqués en doute tout ré- 
cemment, et Barrow a prétendu qu'une telle nation étoit 
entièrement chimérique. 

Mais ces incertitudes doivent céder à des faits positifs. 

D'après les observations faites par le 'général hollandais 
Jansens , dans une tournée entreprise pendant qu'il étoit 
gouverneur du Cap , et rapportées en détail dans le voyage 
de M. Lichtenstein , il parait bien constant que les êtres 
presque entièrement sauvages qui infestent certaines parties 
de la colonie du Cap , et que les Hollandais ont appelés Bos- 
jesmans , ou hommes de buissons , parce qu'ils ont coutume 
de se faire des espèces de iûds dans des touffes de brous- 
sailles , proviennent d'une race de l'intérieur de l'Afrique , 
également distincte des Caffres et des Hottentots, qui n'avoit 
pas dépassé d'abord la rivière d'Orange, mais qui se sont ré- 
pandus plus au Sud , attirés par l'appât du butin qu'ils pou- 
voient taire parmi les troupeaux des colons. 
' Ainsi épars dans les cantons les plus arides , sans cesse 
poursuivis par les colons qui les traquent quelquefois comme 
des bètes fauves et les mettent à mort sans pitié, ils mènent 
la vie la plus misérable. 

Ceux même qui restés hors des limites de la colonie , sont 
exposés à moins de dangers , ne forment point de corps de 
peuple, ne connoissent ni gouvernement ni propriétés, ne 
se rassemblent qu'en familles , et seulement quand l'amour 
les y excite. Ne pouvant dans un pareil état se livrer à l'agri- 
culture, ni même à la vie pastorale, ils ne subsistent que de 
chasse et de brigandage ; n'habitent que des cavernes j ne 



iGi VÉNUS HOTTENTOTTE. 

se couvrent que des peaux des betes qu'ils ont tuées. Leur 
unique industrie se réduit à empoisonner leurs flèches, et à 
fabriquer quelques réseaux pour prendre du poisson. 

Aussi leur misère est-elle excessive ; ils périssent souvent 
de faim , et portent toujours dans leur petite taille , dans 
leurs membres grêles , dans leur horrible maigreur les mar- 
ques des privations auxquelles leur barbarie et les déserts 
qu'ils habitent les condamnent. 

Le général Jansens avoit contracté quelquès liaisons avec 
ceux qui demeurent au nord de la colonie , et dans l'année 
1804, qui fut remarquable par son aridité, un de ceux 
qu'il avoit connus lui envoya son fils âgé de 1 o ans environ , 
en le priant seulement de le nourrir. 

Nous avons vu cet enfant a Paris en 1807. Il étoit d'une 
très-petite taille pour son âge, et autant que nous pouvons 
nous le rappeler , il ressembloit à beaucoup d'égards à la 
femme qui fait le sujet de nos observations actuelles. 11 pa- 
roît que celle-ci avoit été amenée au Cap par quelque 
hasard semblable, et à peu près au même âge que ce petit 
garçon. 

Lorsque nous l'avons vue pour la première fois, elle se 
croyoit âgée d'environ 26 ans, et disoit avoir été mariée à 
un nègre dont elle avoifeu deux en fans. 

Un Anglais lui avoit fait espérer une grande fortune si elle 
vl- nuit s'offrir h la curiosité des Européens; mais il avoit fini 
par l'abandonner â un montreur d'animaux de Paris, chez 
lequel elle est morte d'une maladie inflammatoire et 
cruptive. , 

Tout le monde a pu la voir pendant dix-huit mois de séjour 



VÉNUS HûTTEMOTTE. 2Û3 

dans notre capitale, et vérifier l'énorme protubérance de se* 
fesses, et l'apparence brutale de sa figure. 

Ses mouvemens avoient quelque chose de brusque et en: 
capricieux qui rappeloit ceux du singe. Elle* avoit surtout 
une manière de faire saillir ses lèvres toui-à-fait pareille à ce 
que tious avons observé dans l'orang-outang. Son caractère 
éloit gai, sa mémoire bonne, et elle reconnoissoit après plu- 
sieurs semaines une personne qu'elle n'avoit vue qu'une fois. 
Elle parloit tolérablement le hollandais qu'elle avoit appris 
au Cap , savoit aussi un peu d'anglais , et commençoit à dire 
quelques mots de français. Elle dansoit à la manière de son 
pays , et jouoit avec assez d'oreille de ce petit instrument 
qu'on appelle guimbarde. Les colliers, les ceintures de ver- 
roteries et autres atours sauvages lui ploboient beaucoup ; 
mais ce qui flattoit son goût plus que tout le reste, c'étoit 
l'eau-de-vie. On peut mèmè attribuer sa mort à un excès de 
boisson auquel elle se livra pendant sa dernière maladie. 

Sa hauteur étoil de 4 pieds 6 pouces 7 lignes , ce qui , 
d'après ce qu'on rapporte «le ses rompntriotcs, devoit faire 
ilaus son pays une assez haute stature; mais elle la devait peut- 
être a l'abondance de nourriture dont elle avoit joui au Cap. 

Sa conformation frappoit d'abord par l'énorme largeur de 
ses hanches, qiû passoit dix -huit pouces, et par la sailh'e 
de ses fesses qui étoit de plus d'uu demi -pied. Du reste 
elle n'avoit rien de difforme dans Tes proportions du corps 
et des membres. Ses épaules , son dos , le haut de sa poi- 
trine avoient de la grâce. La saillie de son ventre n'étoit point 
excessive. Ses bras un peu grêles , éloient très-bien faits, et 
sa main charmante. Son pied étoit aussi fort joli , mais son 



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■s 



a6 , VÉKDS HOTTISTOTTE. 

g enou paroissoit gros « cagneux, c. qu'onaensuite reconnu 
ire dù à une forte masse de graisse située sous la peau du 

ct>tc interne. . , ?„»i_ c 

Il paroit m» ees proportions de membres son générales 
■ • M I,e Vaillant les attnbue 4 ses Hou- 

dans sa nauon, car M. Le Bos _ 
zouanas qoi ne doivent pas être autre chose q 

Lmans! vivant en tribu, plus 
habitent des cantons où ils jouissent de plus 

Ce que notre Boschismanne avoit de plus rebutant, c eto 
la physionomie; sou visage t.noii en parue du nègre p 

a saillie des mâchoires, l'obliquité des dents incisives, la 

gr «ur d Uvres, la brièveté et .e reculement du menton i 

en partie du mongol, par 

y Tes cheveux étoient noir*et laineux comme , M* des né- 
gresTla fente de ses yeux horizontale et non oblique comme 
rile.mougo^^arcad^surriUèresrectd.gnesfort^ 

tées l'une de l'autre et fort aplatiesvers le nez, tressa lan«* 
au contraire vers la tempe et au^essus de la pomm tt*S„ 
yeux étoient noirs et assez vifs; se. lèvres un peu noirâ- 
tres, monstrueusement renflées; son teint fort basané. 

Son oreille .voit du rapport avec celle de plusieurs smges 
par sa petitesse, la foibleSs. de son tragus , et parce que son 
hord externe étoit presque effacé à la parue postérieure. 

. • A..a,K avant été condmte au Jardin du 

Au printemps de i8i5, ayant ete u» 

Roi, elle eut la eomplaisance de se dépouiller, et de se 
laisser peindre d'après le nu. 



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VÉNUS HoTTENTOTTR. a65 

On put vérifier alors que la protubérance de ses fesses 
n'étoit nullement musculeuse , mais que ce devoit être une 
masse de consistance élastique et tremblante, placée immé- 
diatement sous la peau. Elle vibroit en quelque sorte & tous 
les mouvemens que falsoit cette femme, et on s'aperçut qu'il 
s'y formoit aisément des excoriations dont il étoit resté de » 
nombreuses cicatrices. _ 

Les seins qu'elle avoit coutume de relever et de serrer 
par le moyen de son vêtement , abandonnés à eux-mêmes , 
montrèrent leurs grosses masses pendantes , terminées obli- 
quement par une aréole noirâtre , large de plus de quatre 
pouces, creusée de rides rayonnantes, et vers le milieu de 
laquelle étoit un mamelon aplati et oblitéré , au point d'être 
presque invisible. La couleur génôrale de sa peau étoit d'uit 
brun-jaunâtre, presque aussi foncée que celle de son visage. 
Elle n'avoit d'autres poils que quelques floccons très-courts 
d'une laine semblable à celle de sa tète, clair-semés sur 
son pubis. 

Mais à cette première inspection Tonne s'aperçut point de la 
particularité la plus remarquable de son organisation; elle tint 
son tablier soigneusement caché, soit entre ses cuisses, soit 
plus profondément, et ce n'est qu'après sa mort qu'on a su 
qu'elle le possédoit. 

Elle mourut le 29 décembre i8i5; et M. le Préfet de 
police , ayant permis que son corps fut apporté au jardin du 
Roi , l'on procéda à un examen plus détaillé. 

Les premières recherches durent avoir pour objet cet ap- 
pendice extraordinaire dont la nature a fait, disoit-on, un at- 
tribut spécial de sa race. 

Menu du Muséum, t. 3, 34 



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aG6 VÉNUS HOTTENTOTTE. 

Ou le retrouva aussitôt, et tout en reconnoissant que 
c etoit exactement ce que Péron avoit dessiné , il ne fut pas 
possible d'adopter la théorie de cet infatigable naturaliste. 

En. effet, le tablier n'est point comme il l'a prétendu un 
organe particulier. Plusieurs de ses prédécesseurs avoient 
mieux vu ; c'est un développement des nymphes. 

J'ai l'honopur de présenter à l'Académie les organes géni- 
taux de cette femme préparés , de manière à ne laisser au- 
cun doute sur la nature de son tablier. 

Les grandes lèvres peu prononcées interceptoient un 
ovale de 4 pouces de longueur. De l'angle supérieur des- 
cendons entre elles une proéminence demi-cylindrique d'en- 
viron 18 lignes de longueur sur 6 lignes d'épaisseur , dont 
1 V \ r i rinité inférieure «'«lerglt , se bifurque , et se prolonge 
comme en deux pétales charnus ridés, de deux pouces et demi 
de longueur sur environ un pouce de largeur. Chacun d'eux 
est arrondi par le bout; leur base s'élargit, et descend le long 
du bord interne de la grande lèvre de son côté, et se change 
en une crête charnue qui se termine à l'angle inférieur de la 
lèvre. 

Si on relève ces deux appendices , ils forment ensemble 
une figure de cœur dontJes lobes seroient étroits et longs, 
et dont le milieu seroit occupé par l'ouverture de la vulve. 

En y regardant de plus près , on s'aperçoit que chacun de 
ces deux lobes a à sa face antérieure, tout près de son bord 
interne, un sillon plus marqué que ses autres rides, qui monte 
en devenant plus profond jusqu'au dessus de leur bifur- 
cation. Là les deux sillons se réunissent, en sorte qu'il y a à 
l'endroit de la bifurcation uu double rebord, entourant une 



Vénus Hottentotte. 267 
fossette en forme de chevron. Au milieu de cette fossette est 
une proéminence grêle, qui se termine par une petite pointe 
à l'endroit où les deux rebords internes se réunissent. 

Il doit être manifeste pour quiconque lira cette descrip- 
tion , et mieux encore pour quiconque voudra comparer ces 
parties avec leurs analogues dans les femmes européennes , 
que les deux lobes charnus qui forment le tablier se com- 
posent dans le haut , du prépuce et de la sommité des nym- 
phes, et que tout le reste de leur longueur ne consiste qu'en 
un développement des nymphes seules. 

L'intérieur de la vulve ni la matrice n'avoient rien de 
particulier. 

On sait que le développement des nymphes varie beau- 
coup en Europe ; qu'il devient en général plus considérable 
dans les pays chauds; que des négresses, des abyssines en 
sont incommodées au point d'être obligées de se détruire ces 
parties par le fer et par le feu. On fait même d'avance cette 
opération à toutes les jeunes filles d'Abyssinie, au même âge 
où l'on circoncit les garçons. 

Les Jésuites portugais qui dans le 16 e . siècle convertirent 
au catholicisme le roi d'Abyssinie et une partie de son peuple, 
se crurent d'abord obligés de proscrire cette pratique 
qu'ils croyoient tenir a l'ancien judaïsme de cette na- 
tion ; mais il arriva que les filles catholiques ne trouvèrent 
plus de maris , parce que les hommes ne pouvoient se faire à 
une difformité dégoûtante. Le collège de la Propagande en- 
voya un chirurgien sur les lieux pour vérifier le fait , et sur 
son rapport, le rétablissement de l'ancienne coutume fut 
autorisé par le Pape» 

34* 



2Ô8 Vénus Hottentotte. 

Il n'y auroit donc de particulier dans les Boscbismans que 
Ja constance de ce développement et son excès. M. Blumen- 
bach assure avoir des dessins de ces organes qui lui ont été 
communiqués par M. Banks, et où il s'en trouve de huit 
pouces et plus de longueur. Il paroit qu'il y a aussi des va- 
riétés pour la forme. 

Autant que je puis me rappeler les dessins que j'ai vus 
dans les portefeuilles de Péron , cet appendice y paroissoit 
beaucoup moins profondément bifurqué, et tenoit à la vulve 
par un pédicule étroit, au lieu d'une large base oomme celui 
que j'ai observé. 11 étoit aussi un peu plus considérable pour 
le volume. 

Quant à l'idée que ces excroissances sont un produit de 
l'art , elle paroit bien réfuté» «wjourd'hni , s'il e&t vrai que 
toutes les Boschismannes les possèdent dès la jeimesse. Celle 
que nous avons vue, n'avoit probablement pas pris plaisir à 
se procurer un ornement dont elle avoit honte et qu'elle ca- 
choit si soigneusement. 

Le voile des Boschismannes n'est pas une de ces particula- 
rités d'organisation qui pourroient établir un rapport entre les 
femmes et les singes; car ceux-ci, loin d'avoir des nymphes 
prolongées, les ont en général à peine apparentes. 

Il n'en est pas de même de ces énormes masses de graisse 
que les Boschismannes portent sur les fesses , et qui selon les 
nouveaux voyageurs , nommément Le Vaillant , M. Péron , 
M. Jansens etc. , seroient naturelles et communes h toute 
la nation. 

Elles offrent une ressemblance frappante avec celles qui 
surviennent aux femelles des mandrills , des papions , etc., 



Vénus Hottentotte. 2C9 
et qui prennent à certaines époques de leur vie un accrois- 
sement vraiment monstrueux. Dans les Boschismans ces 
protubérances ne consistent absolument que dans une masse 
de graisse traversée en tous sens par des fibres cellulaires très- 
fortes, et qui se laisse aisément enlever dessus les muscles 
grands fessiers. Ceux-ci reprennent alors leur forme or- 
dinaire. 

Le Vaillant dit que les Boschismannes ont dès leur pre- 
mier âge cette conformation assez bizarre ; mais la femme 
dout nous parlons nous a assurés qu'elles ne les prennent 
qu'à leur première grossesse. 

C'est un point que je n'ai pu suffisamment éclaircir dans le9 
voyageurs. 

J'étois curieux de savoir ni les os du bassin avoient éprouvé 
quelque modification de cette surcharge extraordinaire qu'ils 
ont à porter. J'ai donc comparé le bassin de ma bosebismanne 
avec ceux des négresses et de différentes femmes blanches; 
je l'ai trouvé plus semblable aux premières , c'est-à-dire pro- 
portionnellement plus petit, moins évasé, la crête antérieure 
de l'os des isles plus grosse et plus recourbée en dehors , 
la tubérosité de l'ischion plus grosse. Tous ces caractères rap- 
prochent, mais d'une quantité presque insensible, les né- 
gresses et les Boschismannes des femelles des singes. 

Les fémurs de cette Boschismanne avoient une singularité 
notable. Leur corps ctoit plus large, et plus aplati d'avant 
en arrière, et leur crête postérieure moins saillante que dans 
aucun de mes squelettes. Leur col étoit plus court, plus gros 
et moins oblique ; ce sont tous là des caractères d'animalité. 

Les humérus, an contraire, étaient singulièrement grêles 



2^0 VÉNUS HOTTEN TOTTE. 

et délicats, et ils m'ont offert une particularité assez rare dans 
l'espèce humaine ; c'est que ta lame qui sépare la fossette cubi- 
tale antérieure et la postérieure n etoit pas ossifiée , et qu'il 
existe un trou à cet endroit, comme dans l'humérus de plu- 
sieurs singes , nommément du pongo de Wurmb , de tout le 
genre des chiens et de quelques autres carnassiers. La tète 
inférieure est plus large par plus de saillie du condyle interne j 
la crête au-dessus du condyle externe est plus saillante et plus 
aiguë; enfin les poulies articulaires sont moins distinctes que 
dans les autres squelettes humains. 

Ce qui m'a le plus étonné, c'est que j'ai retrouvé les plus 
marqués de ces caractères, non pas dans la négresse, mais 
dans un squelette de femme Gouanche % c'est-à-dire de ce 
peuple qui habitoit les Canaries avant rjue les Espagnols s'en 
lussent emparés , et qui sous tous les autres rapports appar- 
tient à la race caucasique. 

J'ai trouvé aussi que la Gouanche et la Boschismanne 
avoient l'une et l'autre l'angle inférieur et postérieur de 
l'omoplate plus aigu et le bord spinal de cet os plus pro- 
longé que la négresse et Vcnropéenne. 

Toutefois je suis bien loin de prétendre faire de ces parti- 
cularités des caractères de race. Il faudroit auparavant avoir 
examiné un assez grand nombre de squelettes pour s'assurer 
qu'il n'y a en cela rien d'individuel. 

La téte donne des moyens plus sûrs de distinction, parce 
qu'on l'a mieux étudiée. C'est d'après elle que l'on a toujours 
classé les nations , et, à cet égard, notre Boschismanne offre 
aussi des différences très-remarquables et très-singulièrës. 
Sa tète osseuse , comme sa figure extérieure , présente une 



Vénus Hotte nt ot te. 271 
combinaison frappante des traits du nègre et de ceux du 
Calmouque. 

Le nègre, comme on sait, a le museau saillant , et la face 
et le crâne comprimés par les côtés ; le Calmouque a le 
museau plat et la face élargie. Don* l'un et dans l'autre les 
os du nez sont plus petits et plus plats que dans l'Européen. 

Notre Boschismanne a le museau plus saillant encore que 
le nègre , la face plus élargie que le calmouque, et les os du 
nez plus plats que l'un et que l'autre. A ce dernier égard , 
surtout, je n'ai jamais vu de tète humaine plus semblable aux 
singes que la sienne. 

De cette disposition générale résultent beaucoup de traits 
particuliers de conformation. Ainsi les orbites sont beau- 
coup plus larges a proportion de leur hauteur que dans le 
nègre et l'Européen , et même que dans le Calmouque ; 
l'ouverture antérieure des fosses nazales a une autre confi- 
guration ; le palais a plus de surface proportionnelle ; les in- 
cisives plus d'obliquité ; la fosse temporale plus de largeur, etc. 

Je trouve aussi que le trou occipital est proportionnelle- 
ment plus ample que dans les autres tètes humaines. D'après 
la règle connue de M. Sœmmening , ce seroit encore là un 
signe d'infériorité. 

Je n'observe aucune différence notable par rapport h la 
suture incisive. 

Excepté le rapetissement du cerveau à sa partie anté- 
rieure, qui résulte de la dépression du crâne à cet endroit, 
je n'ai fait sur les parties molles aucune remarque qui mé- 
rite d'être rapportée. 

Pour tirer de celles que je viens d'exposer, quelques con- 



27a VÉNUS HOTTENTOTTE. 

clusions valables relativement aux variétés de l'espèce hu- 
maine, il faudroit déterminer jusqu'à quel point les carac- 
tères que j'ai reconnus sont généraux dans le peuple des Bos- 
chismans; si ce peuple reste partout distiuct des Nègres, des 
Caffres et des Hottentots <jui 1'eutourent, ou s'il se mêle par 
degrés avec eux, par des nuances intermédiaires; enfui il 
faudroit connoitre à quelle distance il s'étend dans l'intérieur 
de l'Afrique , et c'est ce que nous sommes] bien éloign és de 
savoir. 

Dans toute la partie de l'Afrique qui est sous la zone 
torride, les voyageurs modernes ne connoissent que des 
Nègres et des Maures. Les Abyssins ne paroissent qu'une 
colonie d'Arabes. A la vérité parmi ces Ethiopiens sauvages 
dont parlent Hérodote, et surtout Agatharchides, et d'après 
lui Diodoro de Sicile, il en est quelques-uns que leur pe- 
titesse pourrait faire rapporter aux Boschismans ; mais ces 
anciens auteurs ne se sont pas expliqués avec assez de pré- 
cision sur les autres caractères de ces peuplades pour qu'on 
puisse adopter une telle opinion avec quelque certitude. 
II en est de même du peu de mots que dit Bruce sur les 
caractères physiques des Gallas, ces peuples léroces qui ont 
envahi une grande partie de l'Abyssinie. Il les peint comme 
d'une très-petite taille , d'une couleur brune , d'une figure 
affreuse , mais il leur donne des cheveux longs. Tout le reste 
de sa description resembleroit assez à nos Boschismans, et 
les mœurs atroces de ces Gallas , ne se rapporteraient en- 
core que trop aux leurs ; mais , nous le répétons , ces ren- 
seignemens sont trop vagues et trop superficiels pour donuer 
aucun résultat solide. Nous devons donc attendre les lu- 



VÉNUS HoTTENTOTTE. ^3 

mières que nous procureront sans doute les tentatives ac- 
tuelles des Anglais et des Portugais. 

Ce qui est bien constaté dès à présent , et ce qu'il est né- 
cessaire de redire, puisque l'erreur contraire se propage 
dans les ouvrages los plus nouveaux, c'est que ni ces Gallas 
ou ces Boschismans , ni aucune race de nègres, n'a donné 
naissance au peuple célèbre qui a établi la civilisation dans 
l'antique Egypte, et duquel on peut dire que le monde entier 
a hérité les principes des lois , des sciences , et peut-être même 
de la Religion. 

Bruce encore imagine que les anciens Egyptiens étoient 
des Cushites, ou nègres à poils laineux; il veut les faire tenir 
aux Shangallas d'Abyssinie. 

Aujourd'hui que l'on distingue les races par le squelette 
de la tète , et que l'on possède tant de corps d'anciens Egyp- 
tiens momifiés , il est aisé de s'assurer que quelqu'ait pu être 
leur teint, ils appartenoient à la même race d'hommes que 
nous; qu'ils avoient le crâne et le cerveau aussi volumineux; 
qu'en un mot ils ne faisoient pas exception à cette loi cruelle 
qui semble avoir condamné à une éternelle infériorité les 
races à crâne déprimé et comprimé. 

Je présente ici une tète de momie, pour que l'Académie 
puisse en faire la comparaison avec celles d'Européens, de Nè- 
gres et de Hottcntots. Elle est détachée d'un squelette en- 
tier que je n'ai point apporté à cause de sa fragilité, mais 
dont la comparaison m'a donné les mêmes résultats. J'ai exa- 
miné, soit à Paris, soit dans diverses collections de l'Europe, 
plus de 5o tètes de momies, et je puis assurer qu'il n'en est 
Mém. du Muséum, t, 3. 35 



2^4 VÉNUS HoTTENTOTTE. 

aucune qui présente des caractères ni de Nègres ni de Hot- 
tentots. 

Je présente aussi une tête de Guanche, de ce peuple qui 
habitait les Canaries avant la conquête des Espagnols. Quel- 
ques auteurs ajoutant foi aux contes du Timéc sur l'Atlantide, 
regardent ces Guanches comme des débris de l'ancienne na- 
tion des Atlantes. Leur habitude de conserver les corps par 
une espèce de momification , pourroit plutôt les faire con- 
sidérer comme tenant de loin ou de près aux anciens Egyp- 
tiens. Quoi qu'il en soit, il est certain que leur tête, comme 
celles des momies ordinaires, annonce une origine caucasique. 



Cf. 07 ■* (iL ^ 



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